Montebourg freine à l’Orange.

Un attroupement dans une grande artère commerçante de Bordeaux à l’heure où le chômeur flâne en ravalant ses frustrations. Combien sommes-nous ici à soustraire l’impossible désir à l’arrogance du besoin ? Marcher sans but, balisant mon chemin des franchises aguicheuses et des promesses des lendemains meilleurs, échafaudant pour y échapper des stratégies obliques.

A la périphérie de ce demi-cercle composite, il semblerait qu’Orange propose aujourd’hui quelques promotions sur d’hypothétiques forfaits bousculant la concurrence. Celui qui occupe le centre de cette assemblée, face à l’enseigne au logo hype, harangue t’il le futur possesseur de smartphone bradé ? Vante t’il l’esprit d’un nouvel abonnement hyper compétitif ? Cette voix sûre dont le discours habite le temple de la consommation bordelaise, parle de démondialisation et des effets dévastateurs de la finance mondiale. Micro en main, Arnaud Montebourg, solide gaillard morvandiau est en campagne. Planté dans son costume anthracite, le cheveu fin, il arpente le périmètre à la façon d’un propriétaire.
L’homme pourrait parfaitement tenir le rôle du directeur du Sephora qui se trouve à quelques mètres. Le capitalisme coopératif mutualiste, la Nouvelle France, les détails du programme, sonnent comme des slogans dont le relais publicitaire serait généreusement offert par le fournisseur multimédia qui pour l’occasion, fournit l’électricité au dispositif.
L’indexation des salaires sur les gains de productivité, les conditions de travail n’ont pas l’air de réveiller les récents suicidés de la maison orange. Le Kakemono formulant synthétiquement le discours électoral posé en figure de proue sur cette scène improvisée, convie les signes de la promesse qui se répondent en écho. J’aimerai pourtant continuer de croire à ce programme et les probables vertus de son chapitre culturel que j’avais déjà entendu cet été en Avignon.
Ici, nous sommes sur la Place Saint-Projet, la bien nommée. Endroit idéal à l’utopie, certes, mais qui était donc ce Saint que nous ne saurions voir dans les propositions des six candidats à l’imminence des primaires socialistes ?
En espérant que les voeux pieux dont on nous parle depuis quelques mois n’invitent plus à cette complicité débordante des méthodes du marché et la complaisance des stratégies aguicheuses. Il y a urgence, et ce numéro à composer ne relève pas des compétences de la téléphonie.

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Mort à Crédit

Un aller-retour dans les oubliettes du théâtre privé à Paris, je savais que je n’y trouverai pas ma place. J’ai tenu pourtant à continuer l’accompagnement d’Eric Sanson pour son adaptation de « Mort à Crédit » de Céline créé à Bordeaux dans son Petit Théâtre l’hiver dernier…

Sentiment de malaise. Ici les mots sont jetés en fonction de l’indice immobilier du prix au mètre carré et des hypothèses tendues pour une fréquentation massive des lieux. Un Théâtre ? Non un de ces mouchoirs de poche humide dans lequel s’essuie une réputation pré fabriquée par une histoire dont on ne sait d’où elle est tirée. Face à Beaubourg, l’adresse en serait presque prestigieuse. Le Marais où s’enlisent les marchands du Temple, la rue n’y est pas loin. Pourtant…

Eric doit débourser 200 euros par soir de représentation jusqu’en décembre en jouant du jeudi au dimanche ; soit « assurer » la présence d’au moins dix spectateurs payants sur les 40 chaises Ikéa posées contre la vieille moquette qui fait office de scène, afin de rembourser sa mise. Marron, la moquette, et pas question de contrarier ce choix contre-nature stimulé par la remise conséquente et probable d’un magasin de saisie des douanes… D’ailleurs ici il n’est pas question de toucher à quoi que ce soit, les lieux doivent rester dans l’état dans lequel on aurait aimé les trouver en entrant. Pas question de planter autre chose que l’affirmation de son verbe. Le halo des quatre projecteurs interdit tout plan de feu y compris les noirs rendus impossibles à cause des rectangles verdâtres des issues de secours, placés judicieusement dans chaque axe de vision… Ici, ça cague en file indienne et à heures fixes. Débarrasser le plancher (qui n’existe donc pas), sitôt la représentation terminée. Pousse toi de là Ferdinand, hors d’ici Céline, que je vienne chier ma « comédie pop et acidulée » ! C’est ainsi que s’annonce le spectacle qui suit, je n’invente rien.

On aura bien compris qu’ici, le théâtre se nourrit de sa très large acceptation, de son entendement le plus ouvert, et où le ticket doit être débité au mètre. Alors oui Céline et le bonbon pop acidulé font bon ménage : forcé. Guignol’s band !

Eric savait tout ça, mais soustraire son plaisir du jeu au tarif de l’attachée de presse, aux devis de l’imprimeur, à cette location indexée à l’angoisse de la salle vide, à sa chambre payée à quelque ordre religieux du quartier latin, était finalement un calcul injurieux et qui n’avait pas lieu d’être.

Eric n’a fait qu’un choix, un seul. Depuis le début, en affirmant sa condition de précaire, refusant tous les statuts, de l’intermittence au chômage, afin de ne privilégier que sa liberté de lanceur de mots des autres. Eric a choisi a dessein de s’offrir le luxe de sa précarité pour jouir du sens de son artisanat. En louant et habitant son théâtre à Bordeaux d’abord, sans aucune subvention, et vivotant des maigres recettes des soirs de spectacle. En jouant à Paris ensuite, et s’offrant à crédit cette mort programmée de l’acteur qui chaque soir y laisse fantastiquement un peu plus sa peau. Cette « Mort à Crédit » dont finalement le ressort dramatique sera plus tendu qu’il n’y paraît.

Une partie de ma mise en scène sera donc restée à Bordeaux. Une partie de moi, troublée et peut-être envieuse sera venue accompagner ce voyage au bout de la nuit, ce casse-pipe .

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Roulés vers l’or.


Madrid, soleil de plomb en ce jour de première représentation de « Et Puis… Ziggy Stardust ». Les abords de la Puerta del Sol sont encore ceints des stigmates vindicatifs des derniers Indignés renvoyés à la Diaspora du repli. Ce repli sur soi, qui aura finalement eu raison de l’utopie collective et de la lutte pour de lendemains moins chers.

Par mimétisme à ce renvoi, dont seules les forces de la nature connaissent l’exclusivité de la mutation organique, le soleil qui brille en ce samedi, disperse ses mille éclats jaunes en un faisceau épars dans les ruelles adjacentes à la Place du même nom.

Des porteurs du fameux gilet jaune (pour qui, en son temps, notre Karl Nazional ventait la tendance Frenchy lors d’une campagne de Sécurité Routière), mannequins engoncés dans leur chape fluo, hommes sandwiches dont ils constituent inconsciemment la viande enfumée par les lois de la spéculation et de la faim au ventre, circulent, hélant dans les allées piétonnières, traquant les passants, héritiers supposés de fortunes dérisoires. Gibiers impotents, terrassés par le poids de la crise financière et de la dette mondiale, ils sont sollicités à la façon d’un invisible Don Salluste échappé de « La Folie des Grandeurs », à se débarrasser dans des Eldorados de pacotille, (enseignes rouvertes pour l’occasion tel le bernard l’hermite qui hante les coquilles vides), du moindre gramme d’or constitué progressivement par une généalogie atteinte au cœur de son histoire. Rabatteurs solaires, conquistadores de l’indécente urgence, ces hommes jaunes distribuent allégrement numéros de téléphone et adresses, à proximité de bordels clinquant et montés à la va-vite, où la moindre pépite avant que d’être estimée, sous-estimée, sera pesée et finalement échangée contre quelques euros, sésame coupable dont l’étalon mesure constitue pourtant la probable origine de leur mal.

Madrid se rue vers l’or à la faveur d’une crise de plus en plus présente, incisive. Ces incisives ou molaires dont certains n’hésitent pas à se faire arracher afin de retrouver la promesse éphémère du Dieu Pouvoir d’Achat. Pouvoir de rachat vers lequel abondent spéculateurs assoiffés, pilleurs de bijoux de famille et de « valeurs sentimentales ».

Le poison se mord l’aqueux, les nappes phréatiques sont d’ores et déjà infestées. A Madrid et bientôt dans votre ville, l’or sera probablement soluble dans la crise…

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Allégorie 3D

Virée en 3D dans la Grotte Chauvet. Allégorie de la caverne équipé de lunettes passives, prisonnier de cette réalité restituée en relief. Platon en a posé le principe depuis bien longtemps. Se plonger donc dans le monde des apparences, en tenue de pilote et mangeur de pop-corns. Du bas, de ce pire abîme, 3000 ans me contemplent. Le carbone 14 est intraitable en matière de machine à remonter le temps.

Fasciné par ce désir de re-présentation, immuable à la condition d’humain : Une main, des mains, un mammouth, des troupeaux de chevaux, et c’est une autre allégorie que vient fouiller la caméra numérique de Werner Herzog. Une chevauchée fantastique. Exploration des cavités, du fond des âmes disparues, et du silence violé. Devoir d’une mémoire en mouvement, et c’est le relief de la sépulture de notre humanité qui apparaît ; le goût du maïs soufflé en plus. Pas le mien, mais celui de mon voisin qui se sera probablement trompé de film. Le bruit de la mastication l’emporte sur les battements du cœur. L’enfer c’est les autres. Rien n’y changera jamais, surtout en 3D.

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Le Tour de La Terreur

Cette dernière image de Melancholia de Lars Von Trier est encore très présente. D’une simplicité rare, d’une technicité magistralement maîtrisée, implacable dans ce qu’elle montre: Trois corps emportés par les flammes dévastatrices d’une comète en furie, contre lesquelles une dizaine de maigres branches posées en tepee, sans couverture aucune, ouverte aux quatre vents, et que rien pourtant ne saurait atteindre, brûlent irrémédiablement en un éclair de temps.

Le futile de la croyance contre les forces motrices de la nature. Cette « Cabane Magique », totem dérisoire, supposé protéger de toutes agressions extérieures, comme une force surnaturelle vers lesquelles les Contes de Fée nous ont pourtant habitué. Le tellurique emportant les rêves des petits enfants, une certitude à laquelle aucun film catastrophe nous avait habitué. Melancholia n’est pas un film catastrophe, parce que le prévisible n’est jamais soumis aux lois du drame sous-jacent, aux haletantes acrobaties. Le drame est greffé à l’évidence de ces vies déjà rendues à la mort, à cet appétit de fin. La première partie du film, dressée comme un tableau allégorique à l’épreuve d’un mariage en est l’illustration la moins convenue. Ce chaos définitif, lucide, que porte parfois maladroitement le cinéaste, ne pose pas les palabres de la complaisance. Tout, doit pourtant pouvoir être dit, dès lors que la sémantique se risquant à l’insuffisance d’une pensée ayant perdu la certitude de l’irrémédiable et de la singularité, se frotte aux injections de la contradiction. La Comète Mélancholia avalant les certitudes de nos vies terrestres en un bouillant magma, est ce prévisible qui nourrit notre appétit de vide, et les mots de Von Trier à Cannes étaient évidemment promis aux lois de l’hallali. Il a voulu s’y risquer, la Comète Cinéma l’a avalé tout entier.

C’est à Disneyland à Paris que j’ai vécu cette reconstitution tellurique. La Tour de la Terreur, ses cinquante mètres de chute en ascenseur « hyper drop » (plus rapide que la chute libre), son budget à 60 millions d’euros, sa visibilité à 7 kilomètres à la ronde, son décor des années trente digne d’un hôtel de la série « La 4 eme dimension », lieu privilégié des soubresauts factices, des appétits forcément vainqueurs du Reconstitué sur l’Inimaginable. C’est dans l’expérience de l’ « Entertainment » que se risquent les corps en attendant la Comète. Melancholia ou une autre. Je n’ai pas la mélancolie de Disney, comme ma fille à qui j’avais fait la promesse de ce voyage. Un entraînement offert à ses peurs futures, à l’accidentel prévisible. A la sortie du vertige physique, celui de la dépense: L’hypermarché auquel Barnum avait déjà tout compris en son temps. Déguiser les corps de l’uniforme patient du chaos en attente, de cette greffe commune au désir de Conte de Fée. La « Cabane Magique » de Lars Von Trier nous rappelle qu’on peut y croire en attendant la fin…

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Des Outils


Appuyer encore une fois sur la touche, et c’est la pause qui s’efface. Le film reprend. Les images peuvent à nouveau défiler. L’été qui fut et qui n’a pas eu lieu, le repos fatigué, les vacances qui se résument encore une fois à la promesse. Penser donc la suspension comme un concept.
Ici le temps s’est pourtant figé un moment, une panne de réseau à mon domicile, qui au final conforte l’idée nécessaire de l’arrêt sur image. Un mois sans l’outil – internet replace l’immédiateté dans sa relative pertinence et sa dommageable réalité. Extrait de la chaise de bureau, le corps retrouve alors sa verticalité. La position assise ne servant qu’à manger, la chair qui me porte a rencontré de nouvelles douleurs. Devrais-je manger plus de deux fois par jour pour cacher le réveil de ces pénibles révélations ? Usée la chair, par cette déviation, cet arrêt obligé qui m’a conduit à déporter sur elle, le virtuel absent. Les caprices d’Orange sont t’ils remboursés par la Sécurité Sociale ?
Cet « hors-saison » qui s’annonce rassemble les prémisses du retour à l’ordinaire. Se mettre à jour des bilans et des désirs en attente. Projeter en avant les projets incertains, les plans improbables, rassembler l’énergie de la mémoire en position « détecteur de métaux rares », telles sont les demandes des tutelles nourricières. Dossiers, profession de foi, chiffres, afin que s’amorcent les perspectives financières de ce qui est encore à construire avec Ouvre le Chien.
Se remettre au travail donc, en avant et en arrière, passé et futur, comme si à chaque rentrée il fallait à nouveau figer la bulle à niveau dans son équilibre instable, son sursis suspendu entre l’inconsistance du passé et l’incertitude du futur.
Me vient alors à l’esprit, cette photo prise il y a une dizaine de jours dans l’établi en sommeil depuis plus de cinq ans, de Monsieur Villeger (96 ans). Des outils alignés, consciencieusement rangés dont l’usure palpable trahi l’attention au labeur et le potentiel de la reprise. Un savoir-faire à transmettre entre oeuvre accomplie et legs offert au repreneur. En l’occurrence, me voici dans la position fragile du propre successeur à ces outils rangés par moi-même, à cette reprise offerte, à cette succession trop prévisible.
Le temps est à poursuivre avec ces outils laissés en place. Leur manche a perdu la couleur d’origine. Usure sans doute, mais les lames affûtées compenseront l’ornement.

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Jugement dernier

En route pour Avignon, capitale du Jugement Dernier. J’ai toujours pensé que la création n’était pas en cet endroit, l’expression la plus adaptée au geste artistique. Avignon est d’abord le lieu du jugement, de l’emportement, de l’adhésion immédiate ou du rejet instinctif; capitale excessive, Avignon cité « d’épate » et du jeu d’ego(s). Tout va trop vite en cette sainte terre et la rumeur y est giratoire, comme la circulation : intra-muros. Tous les spectacles d’Avignon sont joués finalement au Palais de Justice.
Avignon fabrique ses héros d’un soir, ses légendes et ses drames, mais ne laisse jamais le temps à l’insidieuse pertinence qui pourrait cheminer en chacun, en y déroulant sons sens ou plutôt son trouble profond. Le sens étant souvent affaire de chapelles, et Avignon n’en manque pas. Le temps de la représentation est donc déjà celui du jugement, quand ce dernier ne la précède pas. Les règles du marché sont claires et acceptées de tous. Evaluées, pesées, non-évolutives, on y adhère « par la force des choses »..
Montage et démontage (et je ne pense pas qu’à la technique), sont les maîtres mots qui animent cette fuite collective, dont l’entre-soi demeure la pire des tendances qui régule trop souvent cette tension particulière au Festival d’Avignon. Cet entre-soi qui pourrait être le nom donné finalement au club-house non-événementiel du « bar du In », où il faut être l’heureux acquéreur d’un passe-droit distribué au compte-goutte pour y rencontrer les artistes… Avignon est cet Etalon-Mesure qui affiche son exubérance exhibitionniste auquel on se réfère par compassion, par amour parfois.
Spectateur, artiste, professionnel, on a tous une histoire avec Avignon, un lien palpable dont le souvenir transforme l’instantané en relique, comme un marque-page trempé dans un parfum capiteux. Et c’est le même marque-page que nous emportons chaque été.
Pour ma part je reviens à Avignon depuis 2009. J’en cherche encore les bonnes raisons qui au bout du compte finissent par en devenir de mauvaises… « Ah non non non! L’Homme n’est pas bon », disait la chanson.
Cette année, serait donc celle de la thématique de l’enfance. Au théâtre, l’enfant n’existe pas. Il est toujours déguisé par les adultes en entité, en « corps social ». Le théâtre a vite fait de s’emparer, Avignon a vite fait de s’approprier sans laisser le temps de l’adoption. Alors en vrais petits enfants en manque d’affection, nous y revenons.
Car nous sommes tous à Avignon, à cette insupportable caricature de nos ego(s) en mouvement et nos attentes morbides. Morbides car au bout du drame, il a la meurtre, la mort. Avignon est rendue à ce rituel morbide de nos détestations et nos admirations vers laquelle on revient comme l’Horloge qui régule nos attentes en passion de nous-mêmes. Et sur cette Place de l’Horloge où se font les attentes, les flyers et prospectus jonchent les tables comme d’hypothétiques marque-pages…

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