Evento, Pippo, Pistoletto…

Il fallait d’abord trouver un titre. Déplacer la forme du classique son et lumière, pour lui rendre la portée politique attendue par l’intitulé de cette deuxième édition d’EVENTO, rendez vous artistique de la ville de Bordeaux : « L’Art pour une ré-évolution urbaine ».

EVENTO est d’abord une histoire de titres, de communication.

Ce fut donc « Bordeaux-Rosso » que Pippo Delbono plaça en exergue de cette commande municipale. Jouer sur la couleur rouge, celle du vin associée ici caricaturalement à la bourgeoisie locale. Et l’autre bien sûr, celle de l’à plat sanguinaire des ré(é)volutions à construire ensemble, toujours dans cet esprit participatif qui fleure bon la tarte à la crème des inspirations en déroute. Cet « être ensemble » au cœur de l’utopie urbaine qui autorise dans son manifeste plumitif calqué sur un guide de management, « d’étendre mes possibilités d’appropriation du réel »

Petit actionnaire autorisé de cette « relation de proximité », de la « réappropriation citoyenne de la création artistique », animé par un esprit d’échange formulé par un « savoir partagé » je m’autorise donc ici, puisque on m’y laisse la place, de participer à l’œuvre, de me l’approprier.

Au rouge de Pippo Delbono, j’y ajouterai donc volontiers le jaune de ces dizaines de médiateurs culturels, présents sur cette Place de la Comédie et qui indiqueront aux non-initiés de l’Entre-Soi, le sens du regard. Cela se passera donc par là, en direction du Grand Hôtel de Bordeaux où l’artiste y projettera ses grimaces muettes sur les Suites à 5000 euros. Jaune participatif et incendiaire de cette richesse que l’on enflammera à coups de projections d’images bâclées sur les façades ornementées, délit virtuel de la richesse contre la pauvreté pour laquelle le chantre du petit-peuple prendra un plaisir malin à rajouter à la rage volée aux valeurs patrimoniales (Artaud, Rimbaud), les symboles caduques de la Bourgeoisie Bordelaise. D’ailleurs, ceux-là quitteront l’espace VIP au moment où les objectifs se tourneront vers la faconde joyeusement agressive du nouveau possesseur des lieux. La danse auto satisfaite de l’enfant pris la main dans le sac, aidera à la défaillance du discours et à l’ergonomie de sa diffusion. Difficile de chuchoter dans l’oreille de trois mille personnes parquées entre les clichés de la richesse locale et contre lesquels les mots voudraient pourtant buter en anathèmes vainqueurs .

Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse – jouée celle-là – par une vingtaine de figurants habillés de velours rouge (encore !) et buvant quelques verres de Bordeaux (il faut bien que le titre serve le propos) au balcon du Palace. Gestuelle toute fellinienne à qui l’artiste ne fait pas qu’emprunter la musique depuis déjà quelques spectacles… L’organisation du Festival aura passé annonce quinze jours avant la fête, de la requête participative afin de recruter des acteurs – bénévoles – il va sans dire. L’argent ne rentrant seulement que dans la marque de fabrique, le logotype exotique du Bouffon qui remplira fort bien son rôle.

Dans la palette, en vrac, il sera question de clichés manichéens synthétisés en déclamatoires génériques. Entendu donc les innovantes :« La Police Française il me fait peur et il doit changer de vêtement », « en Italie il y a plein de fous ». Ici ce ne sont pas les accords de genre qui font rire. Une seule règle : jouer la musique fort et envoyer le discours aux violons fatigués.

Au Rouge de Pippo, le blanc crème des coutures trop visibles. Le col pelle à tarte largement ouvert, l’acteur bombera le torse, fier encore de nous présenter les « mis à part » que la commande aurait bien évidemment exclu. Frédéric Mitterrand, Alain Juppé, réglant probablement des détails gouvernementaux dans les Salons Boireau de l’Opéra, ils n’auront pas la chance « participative » d’applaudir dans une sensible communion le babil de Bobo, alibi humaniste contre lequel la critique objective des spectacles de Pippo Delbono se heurtera toujours.

Chacun dans son rôle. La bouffonnerie au service de la République a encore de beaux jours devant elle. La Place de la Comédie se videra de ses chimères. Mais qu’importe au final ce qui fût montré, l’essentiel est que cela ait eu lieu. Comme toujours dans tout événement promotionnel. Evento n’échappe pas à la règle.

Imperturbable, le curateur désigné par l’autocratie de cette nouvelle édition d’Evento, Michelangelo Pistoletto, sous son beau chapeau de paille d’Italie continuera d’évoquer la transformation sociale responsable…

Qui sème le vent récolte le vent.

Publicités

A propos renaudcojo

autobiographe pointilliste
Cet article, publié dans Uncategorized, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s